Août 312018
Film “Starbucks sans filtre” sur Arte, un court résumé
Temps de lecture : 5 mn

« Difficile d’acheter une tasse de café pour laquelle personne ne s’est fait exploiter, même avec le commerce équitable ».

Cela dit tout du ton de ce film passionnant sur l’univers du géant du café à emporter, Starbucks (ah non pardon, dans la firme on dit « expérience Starbucks ») de Luc Herman et Gilles Bovon. Ceci dit, je pense que chacun doit réfléchir à cette phrase, quel que soit l’endroit où il boit son « petit noir »…

Vous avez quelques jours pour le voir en replay ici, mais sinon en voici quelques points.

On s’en doute assez vite, même si on connait peu cette multinationale, le simple fait qu’elle porte ce titre, fait que le documentaire va être à charge. Une journaliste a même passé 2 mois chez eux en caméra cachée pour avoir des réponses qu’on ne voulait pas lui donner autrement, je salue le dévouement.

Photo “coffee beans” Matt Redhage. Flickr

Comment, tout le monde ne connait pas Starbucks ? Au rythme où vont les ouvertures, gageons que chacun va prochainement en voir un près de chez soi. Car même les scandales financiers ou les plaintes des employés et des récoltants n’entachent pas la réputation de la société, qui continue à voir croître son chiffre d’affaires de manière presque… insultante, je trouve !

On n’est pas obligé d’en vouloir systématiquement aux sociétés qui font du profit, mais là, j’avoue, après avoir le tour de tous les aspects dont je vais vous parler, je n’ai plus envie d’aller chez eux.

Le film se découpe en plusieurs temps.

  • L’histoire de la marque, et le génie d’un directeur qui a compris qu’une boutique de café en grains pouvait cartonner en devenant un restaurant (du « fast drink » plutôt) vendant des cafés en gobelets à emporter
  • Leur marketing, un gros sujet. Où comment envoyer un message « j’ai les moyens de m’offrir ça et pas vous» en vous promenant avec un gobelet à la sirène, tout en leur faisant d’ailleurs de la pub gratuite, à leur habitude d’écrire votre prénom sur le contenant pour rendre la vente plus « chaleureuse »
  • La déco des cafés, qui fait aussi bien sûr partie du marketing. L’enseigne Starbucks est la 1ère à avoir installé des canapés et fauteuils dans leurs magasins, ou des tables rondes, ce qui n’a l’air de rien, mais ces dernières ne donnent jamais l’impression d’être seuls, même quand c’est le cas. Le fait que vous puissiez rester aussi longtemps que vous voulez, l’essentiel des ventes se faisant pour emporter -vous faites alors partie du décor, et si vous pouviez avoir l’air concentré sur un Mac en buvant votre boisson, ce serait le top en termes de réussite sociale ! 😉
  • L’idée d’avoir créé un «3ème lieu » entre chez vous et le boulot, un endroit où vous vous sentirez bien, un peu à l’instar de la série « Friends »

  • Le travail des salariés, appelés chez eux des « partenaires », histoire de créer une attache émotionnelle pour les faire plus bosser, entre maux de dos et obligation de faire aussi le ménage constamment, que ce soit de la caisse comme des toilettes, mais aussi les avancées sociales comme les mutuelles aux USA
  • Le fait que le goût soit standardisé, le même partout dans le monde
  • La qualité nutritionnelle des produits, à savoir la quantité de sucre et de gras dans certaines de leurs boissons (dont 35% contiennent plus de sucre qu’un soda), et des pâtisseries toutes faites qu’on peut vous vendre avec.
  • La façon à la limite de l’honnêteté de faire monter les prix à la caisse, en ajoutant un tas de suppléments, sans vous parler du prix
Photo ” Fresh coffee on a basket ” socialmediasl444. Flickr
  • Le commerce équitable qui ne l’est pas. Parce qu’ils ont créé, et donc contrôlent leur propre label, et parce qu’ils ont voulu un intermédiaire entre les producteurs et eux, ce qui n’est pas du commerce équitable qui lui, supprime tous les intermédiaires
  • Comment aux USA ils prennent les meilleurs emplacements en repoussant les autres commerces et en rachetant des baux plus vite que les locataires déjà installés
  • Les soucis d’évasion fiscale…non Starbucks ne dégage pas de bénéfice en France, les pauvres…
  • Et la cerise sur le gâteau, vous me voyez venir… la catastrophe écologique à cause de leurs déchets, puisque les gobelets ne sont pas recyclables, c’est aberrant ! Une couche de plastique collée au papier empêche de l’être, mais les dirigeants commencent juste à réfléchir comment faire autrement…Pour info ça fait 4 milliards de gobelets jetés par an dans le monde ! Ok vous pouvez apporter votre propre gobelet et ainsi avoir une réduction, ce qui ne représente pas la majorité des achats. 🙁

Mon “expérience Starbucks”

J’ai découvert cette marque début 2000 en donnant des formations à New York, et c’est vrai qu’en sortant de mon hôtel où il n’y avait pas de petits déjeuners, j’étais contente de trouver un lieu comme cela, qui me montrait et me donnait même à vivre quelques heures de « l’american way of life ». Lieu bien cosy il faut dire, même seule, petite française découvrant l’Amérique (ça fait aventurière, hein?! 😉 ) surtout en plein mois de décembre là-bas où il fait vraiment froid. J’ai même encore la très grande tasse achetée à l’époque, que j’aime beaucoup.

Moi qui suis une buveuse de thé, je ne prenais pas le café le plus noir chez eux, qui vient pour ça d’ailleurs ? Je me suis vite rendue compte que je ne buvais réellement que du sucre et de la crème et cela m’a écœurée, on fait presque un repas en buvant un de leur grand café, finalement. Tout aux USA me semble « trop » ! Il n’y a qu’à voir la taille de ma tasse, un bon 1/2 l ! 😀

De plus, j’ai du mal avec les marques qui uniformisent nos villes, comme Starbucks, MacDo et cie. A Montpellier,  il y a un Starbucks dans la galerie du Géant Casino d’Odysseum, pas le plus bel emplacement d’ailleurs. Jamais je n’y mettrai les pieds.

Tout cela vous a dégoûté ? Et bien pourtant chaque jour, il s’ouvre tout un tas de nouveaux Starbucks dans le monde ! Faut croire qu’on n’est pas assez nombreux à réagir. 😥


On en discute ? ;)

CrestaProject